Pensées insomniaques et textes poétiques...

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Créé le : 05/08/2007 15:43
Modifié : 27/04/2008 16:00

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Bataille Corse

26/09/2007 15:49



Bataille de figures en papier chiffonné.

Sept. Dix. Huit. Dame. Dame.

CLAC! CLAP! CLAP!

3 mains s'abattent sur le paquet de cartes. Le gagnant ramasse tandis que ses adversaires font craquer leurs 5 doigts, se plaignent des ongles longs qui s'enfoncent volontiers dans leur peau et parfois, demande officiellement le retrait d'une bague. Puisqu'il en est ainsi, j'enferme Hélène dans ma trousse. Ma main libre cherche son bourreau circulaire en tâtant du bout des ses empreintes digitales la phalange amincie.

L'arbre derrière nous se tord dans le vent de l'automne. Son ombre abrite les étudiants paresseux, insouciants du temps qui baille. Nous jouons avec sa peau.

Accros, le regard fixé sur les fines tranches d'écorce, nos cerveaux n'ont qu'à parler tout seul. La partie reprend. Les cartes s'agitent. Elles dévoilent tour à tour leur visage décoloré par les caresses des joueurs. Les chiffres s'enroulent autour de nos doigts et forment de voluptueux anneaux. Puis ils grimpent à la manière du lierre le long de nos poignets véloces. Serpents numéraux, équations rampantes, langue à 2 inconnues, leurs sifflements envoûtaient nos esprits.

Le Prince de Galles chatouillait avec nous les visages impassibles. Dans ses carreaux trop grands, il dégaine ses morceaux de carton d'un geste las. Au moindre sous-entendu, il relève les yeux vers le Cyclope. Clin d'Oeil! Bien sûr, Prince, les cris orgasmiques font rire les valets mais il n'est pas interdit de se joindre à eux.

Patries, Pays! Abandonnez les armes, les bombes et les chars! Et prenez les cartes!

Mes mains sont vides à présent. Boucles brunes dans l'herbe humide. À chaque éclat de rire s'échappait un sanglot.

Prince, restez encore! Mais il avait perdu un pari en même temps que son pantalon. Et avant de filer à l'anglaise, il dépose cérémonieusement devant nous son paquet d'écorce.

(25 et 26 septembre 2007)

Quelques lignes dédiées à Laura et Clément, tout particulièrement, mais aussi à toutes les personnes avec qui j'ai un jour, ou un soir, joué aux cartes.



Commentaire de vn (26/09/2007 20:49) :

J'adore!! Tu as toujours le don de dire ce que je ressens de toute façon!! J'ai vraiment trop aimé ce texte t'imagines pas comment... Ce que j'aime ces petits morceaux d'écorces qui font monter l'adrénaline, déchainent violence et fantasmes... Gros bisous, à bientôt :-)

http://p-inkcoffin.livejournal.com

Commentaire de l\'auteur du blog (26/09/2007 21:32) :

Je suis contente que ça te plaise, ma poule! J'espère qu'on aura bientôt l'occasion de taquiner les cartes! Bisous


Commentaire de NiaK© (27/09/2007 00:40) :

'tain!
comment je suis nul aux cartes! ( je vous raconte pas ^^)....
mais ça donne envie quand même!^^....


Commentaire de vn (27/09/2007 15:25) :

Cette occasion se présentera surement bientôt: quand mon organisation s'améliorera et qu'on arrivera à caser une fête entre les jours de boulot. Aujourd'hui j'ai croisé le prince de Galles, cheveux au vent et si simple sans son costume que j'ai failli ne pas le reconnaitre. On a prévu de manger ensemble certains vendredis, et il m'a l'air tenter par une nouvelle séance de violence cartale, sur fond d'insultes et de propositions douteuses ;-)

http://p-inkcoffin.livejournal.com

Commentaire de Dark. (02/10/2007 21:32) :

Hihi, ça avait l'air sympathique cette partie! J'adore vous voir jouer aux cartes, vous être très marrantes =) Gros bisouxxxx à ma Lily nadorée.

http://histoiredefraise.skyrock.com



Fable de table pour dames d'amour

01/10/2007 20:12



Alors que ce soit clair, je ne sais pas du tout ce que signifie ce texte! Ce sont peut-être les divagations d'un poète à femmes affamé... J'ai trouvé ce texte dans ma tête quand, assisse dans une cabine d'essayage, j'ai entendu un bébé pleurer.

 

Dans la cabine d'essayage, Miss Pétrole était tombée amoureuse de Madame Pomme. Les bonbons au bout de ses oreilles se chamaillaient pour écouter les mots passionnés qu'elles se glissaient lors du repas. On demanda la boisson favorite de la Veuve Chocolat. Puisque c'était évident, elle répondit d'un ton las: « la vodka! ». Pendant que les guêpières en sucre chatouillaient les bas raisins, la courtisane De Miel questionna ses amies: « Pourquoi les asiatiques vieillissent-elles si vite? ».

Ne sachant la réponse, Miss Pétrole se glissa sous les draps de la Dame Nez. De caresses en caresses, elle apprivoisa le soleil couchant de sa compagne et lui souleva les paupières.

« Des rêves pourpres y sont inscrits », chuchota-t-elle à l'oreiller sourd-muet. En effet, des cicatrices gravées par les larmes sillonnaient la fine peau. « Il est dit que les asiatiques vieillissent plus vite que les autres femmes car... l'histoire est peut-être folle mais véridique. Des femmes sont parties pour aller nourrir la haine des hommes à moustaches. C'était à l'époque où l'hippocampe respirait la tête en bas et que les enfants miaulaient pour attraper les mouches asthmatiques. »

Personne ne cru Miss Pétrole. Mais le soir-même, elle fit si bien l'amour à ses compagnes que le lendemain, elles avaient oublié sa réponse!



Commentaire de Dark. (02/10/2007 21:37) :

Il est...étrange ce texte. On le croirait sorti d'un rêve, idée farfelue de l'inconscient qui fait des siennes dès qu'il le peut. Les noms même des personnages reflettent cela. Des mots associés à des "madame". Des noms étranges mais si rigolos. Comme un amusement de l'esprit. Des divagations pour pas grand chose au final, ce commentaire. Bref, j'ai bien aimé. Les enfants qui miaulent, les mouches asthmatiques, les hommes à moustaches,... Du rire, de l'érotisme, un bon concentré.

http://histoiredefraise.skyrock.com

Commentaire de vn (05/10/2007 20:06) :

pour une fois on est tous logés à la même enseigne: personne comprend mais tout le monde aime xD ça pourrait donner naissance à plein de jeux de mots tout ça dis donc!!


Commentaire de l\'auteur du blog (06/10/2007 09:49) :

Non, tes commentaires ne sont pas inutiles, Dark. Ils me font toujours plaisir ^^ Vn... tu avais publié 11 fois le même commentaire. Ne m'en veux pas d'avoir effacé les 10 autres! XD Bisous à toutes les deux!




Vengeance d'une morte

18/10/2007 11:44



Assisse sur le canapé, l'album de famille sur les genoux, je pensai à ma fille. Cela faisait une semaine qu'elle reposait dans le cimetière de la ville. Depuis, son image ne cessait de revenir à moi. À la dernière minute, j'avais failli renoncer à venir à son enterrement. Je ne m'en sentais plus la force. Lorsque j'ai vu tous ces visages brouillés par les larmes et les regrets, j'ai compris que ma décision était la bonne. Ces amis avaient le droit de la pleurer. La douleur de la perte n'était pas seulement à moi mais à toutes ces personnes qui souffraient en silence. J'avais été égoïste de penser que j'étais seule à la regretter. Devant le trou béant dans lequel son cercueil avait été enfoui, de nombreux inconnus sont venus déposer des lettres. Leurs visages, pourtant familier à ma fille, n'éveillaient rien d'amical en moi. Encore une fois, j'avais eu envie de les pousser loin d'elle en leur criant qu'ils ne pouvaient pas comprendre ma douleur. Je me serais jetée dans le trou et plaquée contre le bois froid.

Je ne sais pas pourquoi aujourd'hui, mais j'ai eu envie de lire ces lettres. Sur plusieurs d'entre-elles, une petite souris était dessinée. « Lucie la souris », c'est ainsi que ces amis la surnommaient. Ce pseudonyme lui allait particulièrement bien. Surtout lorsqu'elle passait sa tête à travers la porte de la cuisine, le matin, et qu'elle nous lançait: « Salut tout le monde ». Elle déjeunait très peu et partait ensuite pour l'université. Douce, attentive et optimiste, voilà le portrait le plus juste de ma fille.

J'ouvre la première lettre. Elle est au nom de sa meilleure amie, Marie. Elle l'avait rencontré au collège et l'avait tout de suite apprécié. Un coup de foudre amical en quelque sorte. L'encre avait coulé, peut-être sous le poids d'une larme. Marie la remerciait de lui avoir offert une si belle amitié et racontait des souvenirs qu'elles avaient en commun. Cette lettre m'émut beaucoup et je n'eus pas la force de la lire en entier.

J'allai décacheter la seconde lorsqu'une enveloppe rouge pâle tomba à mes pieds. La couleur me paraissait étrange pour une lettre d'adieu. Je la ramassai et l'ouvris presque avec impatience. Ce que je lus me bouleversa.



« Lucie,


Je ne commencerais pas cette lettre par « ma chère », « mon amie » ou autre niaiserie car tu n'as jamais rien fait pour que je t'appelle ainsi. Même le titre d'ennemi est trop beau pour toi.

Inutile de te dire que je te hais puisque tu le savais déjà de ton vivant. Dès la première fois où je t'ai vu, j'ai compris ta perfidie et ton dégoût pour les personnes que tu considérais en dessous de toi. Pas de chance pour moi, je faisais partie de cette catégorie. Pourquoi avais-tu décidé que je serais ton souffre-douleur? Même moi je l'ignore encore.

Te souviens-tu de la fois où je suis tombée par terre? Tu t'es approchée de moi. J'ai cru que tu allais me relever mais tu m'as marché dessus. J'ai eu des douleurs terribles dans le dos pendant plus d'une semaine. Et la fois où tu m'as craché sur la tête lorsque je descendais les escaliers?

J'espère que je me trompe, mais j'ai toujours eu l'impression qu'à travers moi, c'est toi que tu détestais. À présent, plus personne ne pourra répondre à ces questions. Ce n'est pas grave. Car toutes les humiliations et les souffrances que tu m'as fait subir ont été récompensées: tu es sous la terre et je respire enfin librement. Lorsque j'ai appris qu'une voiture t'avais renversée, alors que la moitié de la ville priait pour ta guérison, je priais pour ta mort. Ironie, c'est moi que Dieu a écouté entre toutes les voix.

Je vais aller à ton enterrement, Lucie. Je me retiendrai pour ne pas danser sur ton cercueil ou rire aux éclats lorsque le prêtre louera ta gentillesse légendaire et ta générosité sans faille. Je déposerai simplement cette lettre avec toutes les autres dans l'espoir que tu parviennes à la lire et à savoir que même dans la mort, ma vengeance t'atteindra.

En effet, Raphaël me semble bien seul depuis ton départ précipité. Je pense qu'une paire de bras réconfortante ne lui sera pas de trop.


En attendant de te rejoindre en enfer, accepte mes salutations les plus médiocres. 


Fanny»



Mes mains tremblaient en remettant cette lettre dans l'enveloppe écarlate. Les propos de cette fille étaient nourris par la jalousie et l'envie. Après tout, ma fille était belle, intelligente et beaucoup de personnes l'appréciaient. Il était donc normal qu'elle attise la convoitise et le mépris des personnes médiocres. D'ailleurs, je ne connaissais pas l'existence de cette Fanny. Elle parlait de Raphaël, le petit-ami de Lucie. Plus que ça même, l'amour de sa vie. Ils étaient fous amoureux l'un de l'autre. À l'enterrement, il avait récité un discours magnifique en racontant leur rencontre. Il avait même du s'interrompre plusieurs fois pour retenir ses larmes. Ce jeune homme n'oserait jamais s'afficher avec une autre femme alors que Lucie était morte depuis peu.

Je décidai de ranger cette lettre dans un tiroir et d'en parler à mon mari lorsqu'il serait rentré. Je fis du ménage dans la maison et repassai des vêtements devant un film. Mais mes occupations ne parvinrent pas à dissiper le doute que la lettre rouge avait insinué en moi. Il fallait que je lui parle. Je pris mon manteau, les clés de ma voiture et sortis de la maison.

Arrivée au cimetière, j'arpentai les allées de gravier pour rejoindre ma fille unique. La pierre tombale blanche semblait m'attendre. Je fis un signe de croix et m'agenouillai. Mes doigts caressèrent l'inscription noire en suivant les courbes gravées. Il y avait de nombreux bouquets de fleurs. Certains commençaient à se faner. Tout en parlant à ma fille, je retirai les fleurs abîmées et les déposai sur le côté. Je soulevai un amas de roses lorsque j'aperçus une tâche rouge. Une deuxième lettre écarlate gisait sur la pierre tombale. Je la pris vivement et l'ouvris sans attendre.



« Lucie,


Voilà une semaine que tu ne respires plus. Quel soulagement! Heureusement pour moi, je ne crois pas aux fantômes.

Sache que j'ai réconforté Raphaël et crois-moi, il en avait besoin. Nous nous sommes promis de nous revoir rapidement. Il souhaite que notre amitié récente reste secrète de peur de choquer tes proches.

Ma vengeance se dessine déjà. Bientôt, elle ne sera plus un songe.


Je te déteste toujours autant. Mais à présent, j'y prends du plaisir. 


Fanny»



Je déchirai cette lettre rageusement. Qu'elle personne assez folle pouvait bien vouloir se venger d'une morte? À la perte de ma fille s'ajoutait un doute dévastateur. Je me repris et déposai un baiser sur la pierre froide.

Le soir-même, je n'eut pas la force de parler des lettres à mon mari. Depuis le décès de notre enfant, il mangeait très peu et dormait mal. Il n'avait pas pleuré à l'enterrement mais je savais à quel point il souffrait. Il chérissait sa fille comme un trésor et avait constamment peur qu'on lui fasse du mal. Qu'elle épouse aurais-je été si je lui avais infligé mes doutes?

Quand il alla se doucher, je me précipitai sur le téléphone et appelai Raphaël. Quatre sonneries résonnèrent dans le vide avant qu'il ne décroche. Je m'excusai d'appeler à une heure aussi avancée et lui demandai s'il connaissait une certaine Fanny. Il parût surpris par ma question et me répondis vaguement qu'il s'agissait d'une ancienne amie de Lucie. Elles étaient dans la même faculté mais ne se parlaient plus depuis longtemps. Raphaël n'avait pas connaissance du sujet de leur brouille. Je le remerciai et reposai le téléphone sur le combiné.


Un mois se passa sans nouvelle de Fanny. J'avais honte mais j'espérais qu'elle soit morte. J'avais lu toutes les autres lettres. Aucune ne tenait des propos haineux. Au contraire, les épistoliers étaient bouleversés par la mort brutale de Lucie. Pourtant un détail me gênai. L'absence de Marjorie et Richard à l'enterrement me semblait suspecte. Ils n'avaient envoyé aucun message pour s'excuser de ne pouvoir venir. Ce couple était très proche de Lucie. En fait, c'était elle qui les avait fait se rencontrer. Je voulus en avoir le coeur net et décidai d'aller rendre visite aux concernées directement chez eux, dans un appartement au sein du campus de l'université.

Devant l'entrée principale de la faculté, un immense panneau avait été dressé. La photo de Lucie avait été placardée. Une centaine de personnes avait laissé des messages de soutien à la famille et de regrets. Des bougies éteintes et des fleurs fanées trônaient au pieds du panneau. Je retins mes larmes par pudeur et rentrai dans le campus. L'appartement de Marjorie et Richard se situait près du restaurant universitaire. Ils étaient tous les deux présents mais avaient peu de temps à me consacrer avant leur prochain cours. Lorsque je leur demandai la raison de leur absence à l'enterrement, leur visage se fermèrent. Marjorie soupira et se retira dans sa chambre. Richard m'invita à m'asseoir et m'avoua que Lucie leur avait fait beaucoup de mal. Devant mon étonnement, il m'expliqua qu'elle avait tenté de le séduire à plusieurs reprises alors qu'il était en couple avec Marjorie. Il avait refusé ses avances, indifférent à ses arguments face à l'amour de sa compagne. J'étais abasourdie. Pire, choquée. Comment osait-il me mentir? Et surtout, proférer de telles horreurs sur une personne qui ne pouvait plus se défendre? Je m'énervais. Il me pria de sortir de chez lui. Avant de m'en aller, Richard me tendit un papier sur lequel il avait griffonné un nom et un numéro de téléphone. Il me conseilla d'appeler cette personne si je voulais vraiment savoir qui était ma fille. Je m'excusai brièvement et couru vers la sortie. À l'entrée de la faculté, je m'arrêtai encore une fois devant la pancarte dédiée à ma fille. Soudain, je la vis! Une lettre rouge était posée contre une des bougies. J'étais persuadée qu'elle n'y était pas lorsque j'étais entrée. Peut-être avais-je même croisé Fanny. Est-ce cette jeune femme que j'avais bousculé dans ma fuite? Ou bien la jolie blonde qui lisait un journal en marchant? Ma tête tournait. J'empochai la lettre.

Je me garai dans notre allée. Mon mari était déjà rentré. Je décachetai la lettre et la lut dans ma voiture.



« Lucie,


Tu seras, j'en suis persuadée, ravie d'apprendre que Raphaël est fou de moi. Nous formons des projets ensemble et il souhaite organiser une rencontre avec ses parents. C'est adorable, n'est-ce pas?

Je suis sûre que tu devais rager lorsque tu nous a vu faire l'amour pour la première fois. Je t'imaginai, incolore, inodore, bref sans saveur, comme tu l'as toujours été, en train de nous regarder jouir en même temps. Je crois que te savoir près de nous à décupler mon orgasme. Je n'avais jamais crié comme ça. »



J'arrêtai de lire. Cette histoire devenait macabre. De rage, je tapai mes bras contre mon volant. Comment Fanny osait-elle insulter ma petite fille? Ma détermination à la retrouver en grandit. Je soufflai profondément plusieurs fois avant de reprendre la lecture.



« Hier, Raphaël et moi avons pris une grande décision: nous ne parlerons plus jamais de toi. C'est à partir de cet instant que je suis tombée amoureuse de lui.


Fanny »



Je pleurai.

Mon mari ne se doutait toujours pas des soupçons que j'avais fondé sur notre fille. L'idée d'avoir pleuré un monstre et mon instinct maternel se disputaient constamment dans mon esprit. Par vérité ou dans le but de me venger de cette inconnue, je cherchai sur le site de l'université un moyen d'accéder à la liste des élèves. Je trouvai seulement les noms des délégués des différentes filières. Aucune Fanny. Je me souvins alors du papier que Richard m'avait donné. Je fouillai dans mes poches et me précipitai sur le téléphone. Personne ne répondit. À côté du combiné, une photo de Lucie dans un cadre en bois me souriait. Ses jolies boucles brunes, ses yeux verts, son timide sourire... Y avait-il eu plusieurs Lucie? Je montai me coucher mais dormis mal.


Je réitérai mon appel le lendemain matin. Une voix rocailleuse me répondit. Je demandai à parler à Denis. La personne m'indiqua qu'il s'agissait bien d'elle. Je me présentai et lui expliquai la situation. Il eut quelques secondes de silence. Puis mon interlocuteur me répondit qu'il avait été soulagé d'apprendre le décès de Lucie. Sa mort avait marqué pour lui la fin de ses problèmes. Je failli raccrocher mais ma curiosité l'emporta. Je voulus la vérité. Sans détour, il me l'apprit. Il était orphelin depuis ses seize ans et avait réussi à ne jamais être séparé de son petit frère. Mais pour gagner sa vie, il devait vendre de la drogue. Il ne savait pas comment, mais Lucie l'avait appris et menacé de prévenir la police s'il ne lui donnait pas une part de l'argent. Cela aurait signifié la prison. Son frère se serait retrouvé seul et il n'avait pu supporter cette idée. Denis avait donc cédé au chantage de ma fille. Mais elle demandait plus chaque fois qu'ils se voyaient. Un jour qu'il n'avait pu payer, elle avait poussé son frère dans les escaliers. Il avait alors compris jusqu'où Lucie serait capable d'aller pour avoir son argent. Sa révélation m'ébranla. Non! NON! Pas ma fille... En tant que mère, je ne devais pas croire ses paroles diffamatoires. Pourtant, un doute insidieux ne cessait de me hanter. Mais une question me brûlait les lèvres. Pourquoi n'avait-il pas usé de la violence pour faire peur à Lucie? Denis me répondit que c'était à cause de l'homme qui était avec elle. Il m'apprit que ma fille venait toujours accompagnée à leurs rendez-vous. En retrait, un homme en pardessus gris les épiait et surveillait ses gestes. Il ne connaissait rien de son nom mais il avait un jour remarqué qu'il boitait du côté droit. Mes mains tremblèrent. Je lui demandai si le pardessus de l'homme n'était pas tâché sur une des épaules. Denis réfléchit puis me répondit par l'affirmative. Je frissonnai.

Cette nuit encore, je dormi peu. En plus d'avoir découvert le chantage horrible avec lequel ma fille gagnait de l'argent, je devais dormir à côté de son complice.

- Tu crois que je n'ai pas essayer de la dissuader d'abandonner son manège? Tu crois que ça me faisait plaisir de la couvrir?

- Tu est fou, André! lui criais-je à travers mes larmes.

Il tenta de me prendre dans ses bras. Je me reculai violemment.

- Pourquoi tu ne m'as jamais rien dit? Je lui aurais parlé.

- Et tu crois vraiment que tu aurais réussi à la raisonner? Voyons, Vanessa, ouvre les yeux.

Je n'arrivai plus à contrôler les tremblements de mon corps. Je dus m'asseoir pour retrouver mon calme.

- Notre fille était un monstre, murmurai-je.

- Ne dis pas ça.

- Et tu appelles ça comment, toi? Elle humiliait ses camarades, elle aguichait le fiancé d'une de ses amies et en plus elle soutirait de l'argent à une personne en difficulté! Nous avons élevé un monstre, André!

- Écoute, j'étais seulement au courant pour Denis. Je croyais que c'était juste un jeu pour elle. Je ne savais même pas les sommes qu'elle lui demandait.

- Un jeu? Un jeu! Mais quel homme est-tu pour croire ça?

- Vanessa... Lucie était mon bébé, notre fille unique. Elle était ce que nous avions de plus précieux. Je me devais de la protéger.

Je me levai lentement. Avant de sortir de la pièce, je lui lançai:

- Lucie n'est plus ma fille.


Deux mois plus tard, nous étions divorcés. J'ai demandé à l'université qu'elle enlève la pancarte dédiée à ma fille. Je suis allée m'excuser auprès des personnes qui avait souffert à cause de Lucie, du moins celles dont je connaissais l'existence. Denis m'a à peine parlé. Marjorie et Richard ont décidé d'oublier. Quant à Fanny, je ne l'ai jamais trouvé. Mais avant mon déménagement, je suis passée une dernière fois sur la tombe de celle qui fut ma fille. J'y est trouvée une lettre. L'enveloppe était bleue.


« Lucie,


Pardonne-moi. J'avais cru que je pourrais continuer malgré ta mort. Quelques jours avant ton décès, tu m'avais demandé de séduire une jeune femme, Fanny. Tu voulais que je lui fasse croire à mon amour puis que je l'abandonne. J'étais amoureux de toi, j'aurais fait n'importe quoi pour que ce soit réciproque et même après ta disparition, j'ai continué ta vengeance sans en connaître la raison précise.

Je n'ai compris que plus tard. Tu avais découvert que ton père avait eu un enfant avec une autre femme. Fanny était ta demi-soeur. Elle ne le sait pas et je ne compte pas le lui dire. Tu lui as assez fait de mal.

J'ai appris à la connaître. C'est une fille éblouissante. Je suis amoureux. Nous allons nous marier et nous espérons bientôt avoir un enfant.

Pardonne-moi, Lucie, tu as perdu ta vie et ta vengeance.


Raphaël »


(17 octobre 2007)

 

J'écris! J'écris. J'écris...





Commentaire de Dark. (18/10/2007 19:33) :

Han mais han! Ce texte est merveilleux. Une nouvelle parfaite, du suspens, de l'amour, des trahisons, des vengeances, de la haine,... Bref un concentré de vie telle qu'elle existe. J'aime j'aim j'aime! Bravo à toi pour ce texte si talentueux.

http://histoiredefraise.skyrock.com

Commentaire de l\'auteur du blog (18/10/2007 20:28) :

^///^ J'espère que cette nouvelle marque la fin de mon passage à vide. Merci de ton soutien, mon corbeau.


Commentaire de vn (19/10/2007 16:01) :

Superbe! j'ai enfin pris le temps de lire cette nouvelle avec une attention soutenue, et je ne suis pas déçue de voyage! Je sais pas comment dire, enfin j'ai adoré quoi!! Par contre, relis-le texte: mon attention soutenue m'a permis de voir qu'à un moment, quand tu parles de denis qui raconte les histoires de drogue auxquelles lucie était melée, tu as écrit fanny au lieu de lucie! En tout cas je suis très fière de toi et de cette nouvelle xD

http://pink-coffin.blogspot.com

Commentaire de NiaK© (19/10/2007 16:53) :

Raaaaaaaa!....
Magnifique texte!
J'ai même des larmes qui sont montées d'un coup!...pfiuuuu!...


Commentaire de l\'auteur du blog (19/10/2007 18:58) :

Oula! en effet, j'ai fait beaucoup d'erreur à propos des prénoms! J'espère avoir tout corrigé. Merci de me l'avoir fait remarquer.


Commentaire de Emelune (27/10/2007 14:51) :

Ouch ! C'est prenant comme histoire ! Bien calculée, forte en émotions et comme toujours, bien écrite. Je suis sur un nuage !

http://emelune.oldiblog.com



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